Rencontres Habitabilité de la Terre et Transitions Justes

du 9 au 11 septembre 2026

Le souffle des dragons. Dialogues interdisciplinaires autour des puissances élémentaires

Avis de tempête

 

Il y a quelques années, on pouvait encore considérer que les collectifs autochtones des hautes latitudes, entre autres, se trouvaient aux avant-postes du changement climatique. Cette question concerne à présent tout un chacun. Ici et ailleurs, les forêts brûlent, les glaciers et les montagnes s’effondrent, les rivières sortent de leur lit, les vents forcissent et la mer monte. Les éléments se manifestent, et leurs débordements reposent la question existentielle de l’habitabilité de la terre. « Comment faire face à l’animation hors de contrôle des grands flux géophysiques ? » est devenue une interrogation lancinante et collective.  

 

L’habitabilité s'est imposée comme un mot clé incontournable qui structure nombre de recherches en sciences de la terre comme en sciences humaines. Ce concept est transversal, sa force résidant dans sa polysémie: il ouvre la possibilité d'en faire un outil diplomatique servant un projet social et politique, à même de tenir ensemble les enjeux terrestres et territoriaux. Son référentiel multiple permet à la fois de parler des conditions biogéochimiques qui maintiennent la possibilité de la vie sur Terre, des questions d’aménagement du territoire qui soutiennent des habitats viables, des attachements et affects qui nous lient les uns aux autres dans des contextes culturels situés.  

 

Néanmoins, habiter le concept d’habitabilité de manière ouverte et plurielle n’est pas si aisé. Cette difficulté tient à l’histoire de la création du concept, des recherches en exobiologie qui nous éloignent de la fragilité de la vie ici même, à la texture coloniale qu’il manifeste depuis le xvie siècle, alors que la question littérale qu’il posait (ce territoire est-il habitable ?) justifiait toutes les prises de terre lorsque la réponse se révélait positive. Depuis la perspective anthropologique, nous devons également prendre garde à ce que son effet de synthèse généralisante ne gomme pas les perspectives cosmopolitiques émanant de l’ethnographie et des discours autochtones, qui apparaissent trop rarement assez puissantes et stabilisées pour pouvoir prétendre décaler les lignes de partage propres à nos régimes de savoirs. 

 

C'est pour mettre au travail ces questionnements qu'au sein de la chaire CNRS Habitabilité de la terre et transitions justes, nous avons tenu trois années de séminaires de recherche. Il s'est agi de  réhistoriciser les concepts qui structurent les pratiques modernes de monitoring environnemental, et d'entamer un processus de redescription des dispositifs politiques et entrepreneuriaux visant à trouver des solutions techniques aux crises écosystémiques (transition énergétique, géoingénierie). Enfin, la troisième et dernière année de séminaires s’est ouverte sur la possibilité de stabiliser des réponses cosmopolitiques.

 

Notre attention se focalise sur les modes d'existences, passés et présents, d'ici et d'ailleurs, qui nous permettent de faire varier nos imaginaires intellectuels et politiques, et de provincialiser les prises conceptuelles avec lesquelles nous nous référons généralement au monde extérieur. Du "paysage" aux "ressources" en passant par la "nature" récemment remplacée par le "vivant",  nous cherchons ici non seulement à prendre acte des dualismes persistants qui nous empêchent de penser autrement les mouvements des grands flux géophysiques, mais aussi à rendre audibles et visibles d'autres modes de relations à ce qui déborde les limites de l'humanité.   

 

Dans le prolongement de ces recherches, les rencontres Habitabilité de la terre sont imaginées comme l'ouverture d'un espace de pensée. Elles visent à redéfinir un champ théorique pour travailler l'habitabilité hors du cadre naturaliste moderne dans lequel elle a été enfermée, produisant des récits aussi uniformisés que fondés sur une science dont l’épistémologie dominante a écrasé la diversité des collectifs et de leurs histoires.

 

Notre intention est de travailler collectivement à l’émergence de nouvelles réponses, qui passent par d’autres manières de penser nos relations aux êtres et entités qui composent nos mondes et rendent nos milieux de vie habitables. Il s’agit, depuis une perspective résolument pluridisciplinaire et cosmopolitique, d’ouvrir un espace de reformulation de la cartographie sensible qui oriente nos pensées et actions face aux puissances élémentaires qui se lèvent aujourd'hui.  

Programme

Mercredi 9 septembre 
Des ressources aux puissances élémentaires : reformuler la question climatique

 

14h / Introduction par Nathalie Doury, directrice du musée

14h30 -15h30 / Conférence inaugurale par Nastassja Martin (Anthropologue – ISJPS Sorbonne)  

15h45 - 17h45 / Table ronde " Épistémologie critique de l’habitabilité en Géosciences et Sciences Humaines "  

 

Intervenants : 

Maya Leroy (Ingérieure de l’environnement, AgroParisTech) 

Jérôme Gaillardet (Géochimiste, Institut de Physique du Globe de Paris) 

Veronica Calvo (Anthropologue, IEA Nantes) 

Martine Drozdz  (Géographe, MFO Oxford ) 

Animé par Nastassja Martin 

 

 

 

Jeudi 10 septembre
Ethnographies élémentaires : perspectives anthropologiques et cosmopolitiques des flux géophysiques  

 

10h / Ouverture de la journée par Nastassja Martin 

10h15 - 11h15 /  "Penser avec le feu" par Sasha Jurdant (docteure en philosophie, Université de Toulouse le Mirail)  

11h30 - 12h30 /  "Nheery"  Là où les esprits se baignent par Carlos Papa (cinéaste, coordonnateur de l’École Vivante Guarani, "Arandu Porã")

14h15 - 15h15 / Les Mayas, la mort et les eaux, seuil et liminalité à Palenque-Lakamha par Alizé Lacoste Jeanson (Anthropologue, UNAM Mexico)  

15h30 - 16h30 / Penser les flux dans  l’éolien: travail mobile et cosmologies du vent, par Gaëlla Loiseau (Anthropologue, post-doctorante ISJPS-Sorbonne Paris1) 

16h45 - 17h45 / De la terre molle à la Voie Lactée: dinosaure à plumes et Emeu géant en Australie, par Barbara Glowczewski (Anthropologue, chercheure émérite au CNRS, LAS Paris)  

18h - Pot de fin

 

 

Vendredi 11 septembre
Mémoires vives : inventer des dispositifs muséaux et institutionnels alternatifs pour répondre aux crises systémiques  

 

10h / Ouverture de la journée par Nastassja Martin  

10h15 -12h /  Entre mémoires vives et amnésies collectives : politiques de (ré)animation des objets, par Mario Ama Tuki (Directeur des collections du Musée anthropologique Sebastian Englert)  et Katia Fersing (Ethnologue, directrice du MUMIG - Musée de Millau et des Grands Causses) 

13h45 - 14h45 / L'ossature des images : vestiges d'un musée anachronique tout au bout du monde par Danilo Petrovitch (Anthropologue, MUCAM) Miguel Caceres (Directeur du Museo de historia natural de Rio Seco)  

14h45 - 15h45 / Les jardins Albert Kahn, habiter la Terre entre les guerres par Gregory Quenet (Historien de l’environnement, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines) 

16h - 17h / Dialoguer avec les puissances élémentaires : tisser savoirs autochtones, sciences et arts, par Cristine Takua (Coordinatrice du mouvement autochtone des Écoles Vivantes Escola Viva),  Anna Dantes  (Direction de création Selvagem) 

17h30 / Clôture des rencontres par Nastassja Martin  

18h - 21h  / Soirée de clôture

Infos pratiques

📅 Date : Du mercredi 9 au vendredi 11 septembre
🎟️ Tarif : Gratuit                                                                                                                                                                                                   
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