Albert-Kahn, musée et jardin départementaux: Paris sous les bombes

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Paris sous les bombes, 1918

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Dès le début de la Première Guerre mondiale, Paris est victime des bombardements.

A l'automne 1914, des Taubes (petits aéronefs allemands) lancent des bombes sur la capitale. En mars 1915 les gares parisiennes sont bombardées de nuit par les Zeppelins. 1917 est une année calme, en revanche Paris est bombardée à plusieurs reprises en février-mars 1918 par les Gothas (bombardiers lourds).

C’est à partir de cette année que la physionomie de la ville change, on protège dès lors les monuments et sculptures ainsi que les vitrines des magasins. Des sirènes d’alerte fixes sont également installées sur les toits des monuments. Le 29 mars, la légendaire « Grosse Bertha » est utilisée pour la première fois contre Paris, faisant quelques centaines de morts notamment lors de l'effondrement de la toiture de l'église Saint-Gervais pendant l’office du Vendredi Saint.

Pour lutter contre les bombardements, la ville se protège et son visage en est transformé.

 

Canons exposés place de la Concorde, Paris, France, 19 octobre : Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14754© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine
Canons exposés place de la Concorde, Paris, France, 19 octobre
Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14754
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Protéger la ville


A partir des bombardements de janvier 1918, on songe à protéger les grands monuments, le Louvre, l’Arc de Triomphe, Notre-Dame…

Les sculptures sont entièrement recouvertes de sacs de sable ou de terre.

Le 11 janvier 1918, la déflagration due à l’explosion d’un stock de munitions à la Courneuve brise des milliers de vitres jusque dans Paris ; cet incident et l’intensification des attaques aériennes amènent de nombreux boutiquiers à poser des bandes de papier gommé sur leurs vitrines.

L'emploi de ces bandes de papier se généralise et donne lieu à de véritables concours d'originalité. Guirlandes, rosaces, colonnettes, motifs géométriques variés ornent les vitrines des boutiques et des grands magasins. On salue l’apparition d’un nouvel art graphique. 

 

Portails de Notre-Dame, Paris, France, octobre 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14694
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

L'Arc de Triomphe, Paris, France, 28 octobre 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14751S
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

L'arc de Triomphe du Carrousel, Paris, France, 25 juillet 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14533
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La colonne Vendôme, Paris, France, 8 août 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14682S
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le Louvre, pavillon du Ministère des Finances (Pavillon Colbert), Paris, France, 6 juillet 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14432
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

L'aile Denon du Louvre, Paris, France, 16 juillet 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14481
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La fontaine des Quatre-Parties-Du-Monde de Carpeaux protégée contre les bombardements, place Camille-Jullian, jardin Marco Polo, avenue de l'Observatoire, Paris, France, 25 juin 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14366S
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le Triomphe de la République protégé contre les bombardements place de la Nation, Paris, France, 14 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14042
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La porte Saint-Denis protégée contre les bombardements boulevard de Bonne-Nouvelle, Paris, France, 2 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 13990
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Notre-Dame de Paris protégée contre les bombardements, Paris, 2 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 13998
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La colonne Vendôme protégée contre les bombardements, Paris, France, 3 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14003
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

L'Arc de Triomphe du Carrousel protégé contre les bombardements, Paris, France, 28 mars 1918

Autochrome de Fernand Cuville, Inv. A 13907
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

L'arc de Triomphe protégé contre les bombardements, vu des Champs-Elysées, Paris, France, 27 février 1918

Autochrome de Fernand Cuville, Inv. A 13892
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Démantèlement des protections anti-bombardements sur l'Arc de Triomphe, Paris, France, 21 novembre 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 15037S
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Démantèlement des protections anti-bombardements des portails de Notre-Dame de Paris, Paris, France, 9 décembre 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 15050S
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Vitrines du Grand Bazar protégées contre les bombardements, Paris, France, 10 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14037
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Vitrines du magasin Au nain bleu protégées contre les bombardements, Paris, France, 10 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14005
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Vitrines de magasin protégées contre les bombardements au 1 rue Saint-Bon, Paris, France, 2 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 13983
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Vitrine d'une boulangerie protégée contre les bombardements au 12 rue Soufflot, Paris, France, 22 mars 1918

Autochrome de Fernand Cuville, Inv. A 13903
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Vivre au rythme des alertes

Des mesures de sécurité sont évidemment mises en place : sirènes électriques (la fin de l'alerte est donnée par le clairon monté sur les voitures des sapeurs-pompiers), abris publics, protections des monuments.

L'éclairage des rues est réduit au minimum. En cas d'alerte, les Parisiens peuvent se réfugier dans les stations de métro, les abris publics ou les caves des immeubles, dont les soupiraux ont été préalablement fermés. Ces lieux de repli sont signalés aux passants au moyen de lanternes suspendues à l’entrée des immeubles ; une pancarte indique le nombre de places prévues. 27 stations de métro et des cryptes d’église s’ajoutent aux 11000 abris dont Paris dispose à la fin de la guerre.

Une commission est chargée de rechercher tous les lieux appropriés, caves, sous-sol et autres. Les propriétaires ou locataires sont hostiles à l’idée d’accueillir des étrangers chez eux et tentent de contourner les mesures de protection en fermant leur porte et affichant « complet » au début de l’alerte.

Le métro est l’abri le plus recherché, mais le 11 mars 1918, la panique fait 71 morts à la station Bolivar.

 

Soupiraux obstrués avenue de l'Alma, Paris, France, 12 juillet 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14457
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La sirène du Sacré-Coeur de Montmartre, Paris, France, 24 juilllet 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14516
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La station de métro Parmentier servant de refuge, Paris, France, 27 juin 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14384S
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Protection du collège Rollin, place d'Anvers, Paris, France, 17 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14078
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le rez-de-chaussée du lycée Fénelon, Paris, France, 10 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14028
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Soupiraux protégés contre les bombardements, Paris, France, 3 avril 1918

Autochrome de Fernand Cuville, Inv. A 13913
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Sirène sur le beffroi de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, Paris, France, 25 octobre 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14987S
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Refuge à la station de métro Opéra, Paris, France, 13 novembre 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14825S
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

L'importance des divertissements

Les premiers bombardements en 1914 éveillent la curiosité des Parisiens plus qu'ils ne les effraient. Les badauds se pressent autour des points d'impact et collectionnent les débris de projectiles. Alors que les Zeppelins sont aux portes de Paris en mars 1915, loin de se calfeutrer, les Parisiens sont dans la rue, admirant le spectacle offert par ces mastodontes volants.

Mais en 1918, les premiers tirs d'artillerie à longue portée provoquent un véritable traumatisme auprès de la population. Théâtres, cafés, restaurants, magasins ferment leurs portes. On assiste alors à un exode vers des villes proches de la capitale comme Orléans ou Tours. Les alertes peuvent durer des journées entières, il n'est cependant pas possible de rester enfermés dans les abris pendant des heures ; la vie doit continuer.

Au printemps les habitants s'adaptent, les commerces ainsi que les écoles rouvrent leurs portes au lendemain des vacances de Pâques. Un extraordinaire bouillonnement règne alors sur les boulevards, dans les cafés, cercles et spectacles. Les files d'attentes s'allongent devant les cinémas et les théâtres. La guerre est ignorée, le Parisien ressent le besoin de se griser, de s'évader à l'extrême dans une abondance de divertissements. Paris s'amuse pour ne pas se perdre dans un univers de souffrance.

A partir du mois d'Août, avec l'arrêt des attaques allemandes, Paris retrouve enfin son équilibre et sa sérénité.

 

Affiches des théâtres, Paris, France, 6 août 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14674
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Affiches de théâtres et publicités, Paris, France, 10 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14032
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le théâtre

Bien que le public soit de plus en plus nombreux, composé en grande partie de soldats convalescents ou permissionnaires, le monde du théâtre doit faire face à de nombreuses restrictions : taxe au profit des bonnes œuvres, fermeture à 23 heures, nombre de représentations limité à certains jours de la semaine.

Le contenu des spectacles change sensiblement : absence de figurants, pénurie de danseuses, incidents scandaleux…, sans parler de la censure (interdiction de mettre en scène des uniformes ennemis, de tenir des propos pouvant créer un incident diplomatique, portant atteinte à l’image du poilu, etc.).

Cependant, la plupart des pièces programmées sont des vaudevilles, des œuvres patriotiques ou issues de la comédie dramatique traditionnelle.A l’annonce de la guerre, la vie parisienne s’écoule au ralenti. La plupart des théâtres ferment leurs portes, les artistes sont mobilisés. Quelques établissements cinématographiques et de rares cafés-concerts assurent la permanence des spectacles.

Mais c’est véritablement après la bataille de la Marne que la programmation de spectacles reprendra. Dès fin novembre, plusieurs grandes salles telles l’Olympia, la Comédie française et l’Opéra-Comique ouvrent leurs portes, suivies, en décembre, d’une vingtaine de théâtres. Fin 1915, de nombreuses salles de spectacles fonctionnent, non sans difficulté. La pénurie de transports affecte également le monde du spectacle puisqu’à 23 heures les métros et tramways s’arrêtent et très peu de taxi sont en service. En outre, à partir de janvier 1917, le froid et la pénurie d’énergie portent un coup supplémentaire au monde du spectacle. Le nombre de journées de représentation est encore réduit afin d’économiser le combustible disponible.

 

L'Araignée au 100 boulevard de Clichy, actuel théâtre des Deux-Ânes, Paris, France, 26 juillet 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14542
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le Théâtre de la Renaissance, Paris, France, 25 juillet 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14524S
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Théâtre de la Gaité Rochechouart, Paris, France, 17 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14083
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le cinéma

La guerre est une chance pour l’essor du cinéma. Déjà en pleine expansion, le 7ème art devient un refuge de prédilection pour des Français en mal d’oubli et d’évasion. Les événements sont une formidable source d’inspiration.

L’augmentation constante du nombre des entrées dans les salles parisiennes traduit ce phénomène (de 130 000 en novembre à 800 000 en décembre, jusqu’à plus de 2,1 millions en janvier 1916). Malgré la suppression des enseignes lumineuses, la médiocrité des projections et la réduction du nombre de séances due au couvre-feu, le cinéma est en vogue et les salles de quartier ne désemplissent pas. On construit même de nouvelles salles, de plus en plus grandes. Malgré quelques établissements luxueux, la plupart restent médiocres, incommodes et sales.

Les projections sont elles aussi de piètre qualité, les opérateurs étant partis au front et les pellicules de mauvaise facture. A cette époque, la durée de vie d’un film était d’environ quatre mois. Cependant, une nouvelle génération de metteurs en scène arrive, privilégiant la qualité à la quantité. Les films venus d’Amérique, construits sur de solides scénarios, mettant en scène de réels acteurs de cinéma et évitant les écueils du théâtre filmé, connaissent un grand succès auprès du public parisien qui se presse dans les salles. Arrive bientôt le cinéma italien et son célèbre genre, le peplum, qui enrichit la typologie cinématographique déjà diverse : films policiers, films américains, films d’art et bien sûr en temps de guerre, films patriotiques.

En plus des fantaisistes vitesses de défilement et des découpes arbitraires de séquences par les exploitants, le contenu des films produits durant ces années est assez indigent. Des kilomètres de films et de séries cinématographiques sont mis en circulation chaque mois, au détriment de la qualité narrative et technique. Père de tous les vices, le cinéma a alors mauvaise presse. On l’accuse d’abêtir et d’abaisser la moralité des spectateurs. Beaucoup de films sont interdits sur simple dénonciation calomnieuse. On impute même la délinquance à l’influence de certains films de fiction.

Entre 1914 et 1918, 750 films d’actualité sont tournés et diffusés. Peu de scènes du front authentiques sont filmées, du fait des interdictions militaires, de la censure liée à la propagande, des difficultés matérielles de tournage de l’époque. En 1915, la section photographique puis cinématographique de l’Armée est créée par le ministère de Guerre.

 

Le Cinéma Pigalle, Paris, France, 26 juillet 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14543
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le Cinéma Pathé-Gobelins, Paris, France, 15 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14074
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le Grand Cinéma Plaisir au 95 rue de la Roquette, Paris, France, 14 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14506
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Le cinéma du Panthéon, 13 rue Victor-Cousin, Paris, France, 25 octobre 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14988
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Pour conclure

L’euphorie parisienne contraste avec l’horreur de la guerre. En plus des métamorphoses physiques de la ville, les divertissements n’ont jamais été aussi nécessaires. Bien que la qualité des créations d’œuvres cinématographique ou théâtrale soit moindre, la guerre est une chance pour l’essor du cinéma qui connaît un engouement incroyable.

Les Parisiens sortent, les rues fourmillent d’animation et des salons de thé réservés au milieu mondain aux bars à l’atmosphère moins guindée, les cafés ne désemplissent pas, malgré des prix prohibitifs.

Les films issus des Archives de la Planète montrent cette effervescence tandis que les autochromes fixent l’image d’une ville à couvert, nous permettant de comprendre encore aujourd’hui l’ambivalence de la vie civile en temps de guerre.

 

Le Cercle du Soldat au restaurant Voyenne place Voltaire, actuelle place Léon-Blum, Paris, 14 mai 1918

Autochrome d'Auguste Léon, Inv. A 14053
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine


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